
Le timing est parfait. C’est la saison rêvée pour parler de confort d’été et sensibiliser le grand public. Après une première étude publiée à l’été 2024, Pouget Consultants et le syndicat Ignes récidivent. Leur nouvelle analyse montre à quel point le confort d’été demeure le parent pauvre du logement français et combien notre parc résidentiel reste mal préparé au réchauffement climatique.
Neuf millions de DPE ont été passés à la moulinette : appartements, maisons individuelles, immeubles entiers. Le verdict est sans appel. À travers l’indicateur « confort d’été » du diagnostic, neuf logements sur dix apparaissent insuffisamment adaptés aux fortes chaleurs.
Dans l’ancien, on s’y attendait un peu. En se basant sur la base de données de l’Ademe, seuls 6 % des logements construits avant 1948 affichent un confort d’été jugé « bon ». Plus surprenant, les auteurs observent également des faiblesses dans les logements récents, pourtant construits sous les dernières réglementations RT2012 ou RE2020 et classés A ou B au DPE. Un quart des logements construits après 2013, et même après 2021, présente un confort d’été considéré comme insuffisant. A l’inverse, à peine un sur dix obtient la mention « bon ».
L’analyse de Pouget Consultants et Ignes identifie une cause principale : l’absence de protections solaires efficaces. Selon les auteurs, 43 % des logements en sont insuffisamment équipés, 50 % pour les maisons individuelles. « Tout DPE confondu, près d’un logement sur deux est considéré comme une « bouilloire thermique » avec quasi exclusivement comme raison le manque de protections solaires », souligne l’étude. Plus inquiétant encore, la part des logements jugés performants sur ce critère ne progresse quasiment pas au fil des réglementations thermiques.
Face aux épisodes caniculaires à répétition, les propriétaires choisissent souvent la facilité. L’étude relève que « dans un logement climatisé sur deux, l’équipement a été installé sans avoir mis en œuvre les premiers gestes du confort d’été ». Or ces mesures passives — protections solaires, ventilation naturelle, brasseurs d’air, végétalisation — constituent normalement la première ligne de défense. La climatisation améliore certes le confort intérieur, mais elle contribue également à accroître la consommation énergétique et les émissions de chaleur rejetées à l’extérieur.
Certes, on pourra toujours à redire sur la fiabilité de l’indicateur. Les auteurs reconnaissent « des erreurs persistantes », notamment en raison de données parfois incomplètes ou imprécises. La précédente étude de Pouget Consultants et Ignes relevait d’ailleurs un taux d’erreur de 26 %. Fondé sur seulement cinq critères, l’indicateur apparaît désormais trop sommaire pour évaluer correctement le risque de surchauffe.
Introduit lors de la réforme du DPE en 2021, cet indicateur matérialisé par un simple smiley de couleur aura au moins eu le mérite de contribuer à faire entrer le sujet dans le débat public. Mais il paraît aujourd’hui bien léger au regard de l’ampleur des enjeux. À l’horizon 2050, y compris dans des départements du centre de la France ou en région parisienne, l’énorme majorité des logements pourrait être exposée à plus de soixante jours par an avec une température intérieure supérieure à 25 °C selon l’étude.
Le sujet n’est pas nouveau, les appels à la réforme se sont même multipliés depuis deux à trois ans. Le Cercle Promodul évoquait récemment le confort d’été comme un « angle mort du DPE », jugeant l’indicateur actuel insuffisant pour répondre aux enjeux d’adaptation climatique.
Le ministère réfléchit lui aussi à une évolution du dispositif. Une réforme avait été annoncée au printemps 2025, mais elle n’a pour l’heure débouché sur aucune mesure concrète. Pourtant, le sujet devient de plus en plus stratégique. À mesure que les canicules s’installent, le confort d’été s’impose progressivement comme un critère de choix du logement selon un récent sondage. Après avoir appris à regarder l’étiquette énergétique, les Français pourraient bientôt scruter avec la même attention la capacité de leur logement à rester vivable en plein mois d’août.
